Etre hétérosexuel.le n’est pas naturel. Dictature de l’hétéronormativité?

Pourquoi considérons-nous forcément comme femme ou homme? Choisissons nous l’hétérosexualité ou est est-on forcé.e à s’y conformer? Je pencherai plutôt pour la deuxième option à travers l’hétéronormativité. L’hétéronormativité dicte nos vies, au niveau social, économique, culturel. Elle est sacralisée comme norme sociale et on se retrouve délimitée par elle. 

L’apprentissage de l’hétéronormativité dès le plus jeune âge

La question de l’amoureux.euse se pose dès le plus jeune âge. Cette question anodine fait partie des exemples de la vie quotidienne illustrant les premiers pas dans l’hétéronormativité (forcée). Personnellement, je ne me souviens pas qu’on m’ait posé.e cette question mais j’avais bien observé au sein de mon entourage que les petites filles qui tombent amoureuses, sont amoureuses seulement de petits garçons. 

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L’hétéronormativité est un processus que l’on apprend dès le plus jeune âge, et qui se rejoint avec la question du genre, qui peut s’exprimer dans un contexte plus ou moins virulent. Je me souviens qu’un jour, en vacances, j’étais avec mes cousin.e.s. Mon cousin, qui devait avoir entre deux et trois ans, s’amusait à porter des talons, car il trouvait cela drôle. Et là, la panique émerge, on lui demande toute suite d’enlever les chaussures. Cette panique exprime cette peur qu’il devienne homosexuel, ou qu’il s’identifie à un autre genre que le genre masculin, à travers le port de chaussures catégorisées comme féminines.  traduit également cette peur de sortir du cadre qui norme nos sociétés. 

L’hétéronormativité incarne l’idée que l’hétérosexualité institutionnalisée représente la norme pour les relations sociales et sexuelles légitimes. C’est une norme sociale englobant un ensemble de comportements et structures sociales à adopter et visant réguler le rôle des genres, l’identité de genre et les orientations sexuelles. Ainsi, l’hétérosexualité est considérée comme une orientation sexuelle normale et naturelle. Les personnes vont être catégorisées comme des hommes et femmes et occupent des rôles dits appropriés selon leur genre. Par exemple, des métiers seront considéres comme plus masculins comme la plomberie, la charpenterie. Et les personnes catégorisées comme hommes et femmes, vont s’identitfier de genre masculin et féminin. Toutes ces choses on les apprend machinalement.

L’hétéronormativité se sacralise par la représentation de la famille nucléaire, une famille symbolisant la complémentarité entre l’homme et la femme, contribuant à la pérennité de l’humanité. « À supposer que l’on puisse ainsi expliquer le caractère hétérosexué de la reproduction biologique, il est sans doute plus difficile de rendre compte du caractère hétérosexuel de l’organisation sociale.» « Freud entendait ainsi montrer que l’hétérosexualité est le résultat d’un apprentissage psychique fort difficile, qui se construit dès la plus tendre enfance.»

Une conception sociale que l’on croit naturelle mais qui a été, au fil du temps, construite entre autres dans l’éducation, si on prend le contexte français. Elle prend plus particulièrement racine dans l’idée de mixité scolaire. La mixité scolaire avait seulement pour but d’éviter la diffusion des conduites non-hétérormatives. Cette mixité seule ne peut agir, elle s’accompagne d’une vision binaire du genre. Chacun.e. est attiré.e. par le sexe opposé et s’identifie au sein de la binarité, à savoir soit en tant que fille ou garçon. Des différences sont alors créées au niveau pédagogique. Les cours d’EMT, qui valorisent les travaux manuels, donnent l’opportunité aux collégiens d’en apprendre sur le bricolage et aux collégiennes sur la cuisine et la couture. 

L’école devient un moyen de former à l’hétéronormativité sur la durée, et exclure les questions liées aux genres et sexualités non-hétéronormatives. Les programmes scolaires les invisibilisent en s’appuyant sur les arguments suivants: c’est une question personnelle et d’âge, ceci n’est pas adapté pour les enfants et adolescente.s. 

Au-delà de son impact, comment l’hétéronormativité se mesure-t-elle?

Un barème des attitudes et croyances hétéronormatives a été crée par la docteure Janice Habarth de l’Université de Palo Alto, située en Californie. Ce barème se divise en deux partie: 

  • Les croyances sur le genre et le comportement normatif. 
  • Les attentes en matière des rôles de genre dans les relations amoureuses.

Les croyances sur le genre et le comportement normatif

  1. La masculinité et la féminité sont déterminées par des facteurs biologiques, tels que les gènes et les hormones, avant la naissance,
  2. Il n’y a que deux sexes : masculin et féminin.
  3. Tout le monde est soit homme ou femme. 
  4. Le genre est la même que le sexe.
  5. Le sexe est une question complexe ; en réalité, il peut même y avoir plus de deux sexes.Dans les relations intimes saines, les femmes peuvent parfois assumer des rôles « masculins » stéréotypés, et les hommes peuvent parfois assumer des rôles « féminins » stéréotypés.
  6.  Le genre est une question complexe, qui ne correspond pas toujours au sexe biologique.
  7. Les personnes qui affirment qu’il n’y a que deux sexes légitimes se trompent.
  8. Le genre est une chose que nous apprenons au sein de la société.

Les attentes en matière des rôles de genre dans les relations amoureuses

  1. Dans les relations intimes, les femmes et les hommes assument des rôles en fonction de leur sexe pour une raison précise ; c’est vraiment la meilleure façon d’avoir une bonne relation.
  2. Dans les relations intimes, les personnes doivent agir uniquement en fonction de ce qui est normalement attendu de leur genre.
  3. Il est parfaitement normal que des personnes aient des relations intimes avec des personnes du même sexe.
  4. La meilleure façon d’élever un enfant est d’avoir une mère et un père qui l’élèvent ensemble.
  5. Les femmes et les hommes ne doivent pas tomber dans des rôles stéréotypés lorsqu’ils sont dans une relation intime.
  6. Les gens devraient choisir leur partenaire en toute liberté, quel que soit son sexe ou son genre.
  7. Il existe des manières particulières d’agir pour les hommes et des manières particulières d’agir pour les femmes dans les relations.

Cette échelle a été utilisée dans plusieurs études pour démontrer comment les personnes non-hétérosexuelles réagissent à une culture hétéronormative au travail, adapté à l’international comme en Italie ou encore appliquer en milieu scolaire chez des lycéen.ne.s.

Une oppression des libertés individuelles sous l’hétéronormativité

L’hétéronormativité oppresse les libertés individuelles et c’est pour cela qu’elle pose problème.

La supposée différenciation entre les hommes et les femmes, les catégorisent dans différentes tâches qui leur aient naturelles. « L’hétérosexualité est, par définition, un rapport de genre, qui ordonne non seulement la vie sexuelle mais aussi les divisions du travail et des ressources domestiques et extra-domestiques ». (Van Every, 1996 ; Ingraham, 1996) Les femmes vont se retrouver plus assignées aux tâches domestiques, aux rôles de mères et cette différence sera institutionnalisée. En France, le congé maternité est prévu par le code du travail et fixé à 16 semaines. Le congé paternité, lui, est actuellement de 11 jours. Cet écart entre les congés paternité et maternité impactent leurs salaires puisqu’il fait partie des arguments qui justifient ces inégalités.  Dans la vie sexuelle, on s’attend à ce que ‘la femme’ soit soumise et que le rapport sexuel se fait plus en fonction des désirs sexuels de ‘l’homme’. L’hétéronormativité guide nos comportements et pensées. Se mettre en couple monogame, se marier, faire des enfants devrait être la marche à suivre pour tout le monde. 

Elle nourrit également toutes les formes de  LGBTphobies (homophobie, biphobie, lesbophobie, transphobie, pour citer quelques exemples). Dans l’étude Gendered Heteronormativity: Empirical Illustrations in Everyday Life, les étudiante.e.s universitaires sortant du cadre hétéronormatif font soient face à des blagues homophobes (pour les garçons) ou se voient conseillé.e.s sur leur féminité (pour les filles).

La législation sur les droits LGBTQIA+ varie selon les pays. Cette législation incarne cette différence entre le normalité et la non-normalité et ainsi d’invisibiliser les personnes non-hétérosexuelles à travers la dominance du modèle hétérosexuel. La dominance s’exprime par l’influence de l’hétéronormativité sur les communautés LGBTQIA+ en s’y conformant, par le mariage monogame, un des fondamentaux du couple hétérosexuel. Il sépare ainsi le « bon homosexuel » ou le « gay normal » du « dangereux queer ». 

D’autres formes d’oppressions se justifient à travers la violence physique,verbale. L’hétéronormativité codifie notre mode de vie, de pensée, nos normes sociales. Elle nous restreint dans rôle sociaux et contribue à la marginalisation des communautés LGBTQIA+.

 « La transgression du genre menace les privilèges que les hommes tirent de l’hétérosexualité ; pour les femmes, elle engendre une évaluation de leur désirabilité et disponibilité sexuelle vis-à-vis des hommes. Comprendre comment fonctionnent le genre et l’hétérosexualité institutionnalisée, et que tous deux sont socialement construits, peut guider notre action en vue de les démanteler » et participer ainsi à la désexclusion des communautés LGBTQIA+ et à la normalisation des pratiques LGBTQIAphobiques. 

À nous de nous questionner

Il est de notre devoir de questionner l’hétéronormativité, le modèle traditionnel de la famille nucléaire, la binarité des genres, si nous voulons éviter de contribuer à un système répressif structurel LGBTQIAphobe. N’oublions pas que ce système alimente des souffrances à de nombreux niveaux, mental, physique, psychique, comme nous le rappelle la mort de Fouad, une élève transgenre qui s’est suicidée.

Bibliographie

Comment peut-on être hétérosexuel ?, Louis-Georges Tin

Development of the heteronormative attitudes and beliefs scale, Janice M. Habarth*

Genre, sexualité et hétérosexualité : la complexité (et les limites) de l’hétéronormativité [1], Stevi Jackson

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