Etre une femme noire en Italie : un combat de tous les jours

L’image de la femme noire en Italie comme partout ailleurs n’est pas grandiose.J’ai pu le constater moi-même en y vivant l’expérience à Naples.J’y ai vécu de Septembre 2015 à Août 2016 dans le cadre d’Erasmus.

Je n’avais pas remarqué qu’avant de venir vivre à Naples, que la beauté noire était particulièrement appréciée dans le sud de l’Italie. Ou plutôt une beauté noire fétichisée. On est entre l’appréciation de la beauté noire et la fétichisme racial. 

Qu’est-ce que le fétischisme racial ? Je le défini comme avoir une obsession dans les relations amoureuses et/ou sexuelles envers un groupe ethnique. 

Je me suis faite souvent complimentée sur ma couleur de peau par les napolitains et napolitaines qui trouvaient cela tout simplement magnifique. Cela a d’une certaine manière remonté mon estime de moi. Mais d’un autre côté, j’ai été refroidie, par ces hommes qui me fétichisaient dont mon copain de l’époque.

Ces femmes noires, des objets sexuels

L efétichisme racial et les stéréotypes persistent. Lesquels ? D’une femme noire de petite vertue, avec qu’il est facile de coucher, qui s’habille de façon très sexy ou vulgaire. La femme noire est hypersexualisée, elle devient un fantasme sexuel, par son corps et son soit-disant côté sexuel sauvage.  

La prostitution y est grande partie la cause. Malheureusement certaines femmes de pays de l’Europe de l’est mais aussi de pays africains se retrouvent contraintes à se prostituer.  Cette vidéo nous en dit plus sur leur triste sort.

Il m’est arrivée certaines fois que des hommes s’arrêtent (aucune honte) en me demandant de monter dans leur voiture. Je ne vous explique pas la rage qui montait en moi à chaque fois. Cette sexualisation et ce fétichisme racial envers les femmes noires est quotidien e je le ressentais. Par exemple, alors que je marchais et que j’étais près de chez moi, un homme insistant, faisait le tour plusieurs fois et me disait „laisse-moi te raccompagner, tu n’habites pas loin“. Une autre fois, j’étais à une rencontre international où beaucoup d’hommes Napolitains viennent, à la recherche d’exotisme. J’étais assise à une table où il y avait des personnes de différentes pays. Au moment où je saluais tout le monde, dont un homme napolitain, il a touché un de mes seins. Et je n’ai pas réagi, ce que je regrette encore aujourd’hui.

J’étais constamment déshumanisée , je devais me battre pour mon respect et ma dignité. J’avais l’impression de revenir 100 ans en arrière, que pour avoir le respect des personnes, surtout des hommes, je devais user de la violence qu’elle soit verbale ou physique.

Les autres fois finissaient souvent en insulte en français et cela suffisait de les faire fuire. J’étais le stérérotype propre de la femme noire agressive. Je l’étais tellement qu’à la fin je n’étais plus embêtée par personne à croire que tout le monde me connaissait. Je pense qu’aussi la série Gomorra m’a facilitée la vie. Dans la saison 2, un des camorristes avait pour fiancée, une femme noire. Il faut savoir que la Carmorra est encore très présente à Naples et une grande influence. Après ces épisodes j’ai vu la situation changer.

Une situation sans espoir ?

Il fallait se battre chaque jour pour pouvoir imposer son respect, pour que les hommes me voient comme une personne et non comme un objet sexuel. J’en avais parlé à mon copain de l’époque, que je trouvais cela révoltant que des hommes s’arrêtent pour me demander si je voulais monter dans leur voiture.  Il me disait que c’est la mentalité d’ici, que je n’y ai pas grandi et que je ne pouvais pas comprendre. Que dois-je comprendre, que c’est normal ? Que je dois les laisser de me traiter de cette manière ? Je ne le fais pas seulement pour moi mais pour les femmes noires qui y sont, qu’elles se fassent respecter. Le machisme, le harcèlement de rue sévit dans le sud l’Italie. Et lorsque l’on est une femme noire on le ressent encore plus.

Combien de fois il m’est arrivé que lorsque je refusais les avances d‘un homme napolitain, qu’ils me répondent « Mais il est où ton copain? Avec moi tu ne serais jamais seule ». Comme si je n’avais pas le choix . J’ai fait tout ce que j’ai pu pour essayer de changer les mentalités à ma manière, cependant je crains que cela n’ait eu peu d’impact. À croire que rien ne changera.

Voici une vidéo de youtubeuses italiennes noires parlant de leur ressenti en vivant en Italie. (en anglais).

4 commentaires sur “Etre une femme noire en Italie : un combat de tous les jours

Leave a Reply

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.