les femmes noires et les hommes italiens aiment

Les hommes italiens aiment-ils les femmes noires ?

Vous partez pour l’Italie, vous préparez votre départ, vous demandez si vous allez rencontrer l’amour, comment cela se passe pour les femmes noires, si les hommes italiens aiment-ils les femmes noires ? Si vous vous posez cette question, qu’elle en est la raison ? Vous avez peur de ne pas être assez attirante, de ne plaire à personne et de jeter le dévolu sur le premier venu ? Vous avez peur de tomber amoureuse d’un homme italien dont la famille est raciste ? Qu’elle qu’en soit la raison, vous allez rencontrer des personnes qui vous fétichisent, qui ne vous voient pas comme une personne unique mais comme une personne correspondant à leurs stéréotypes très réducteurs sur les femmes noires.

De 2015 à 2016 j’avais fait mon Erasmus à Naples mais l’Italie ne m’était pas inconnue. J’allais régulièrement en Italie depuis quelques années pour pratiquer mon italien et en apprendre plus sur la culture. Pendant mes nombreux séjours, je ne remarquais pas à l’époque cette fétichisation raciale des hommes italiens « qui aiment les femmes noires ».

hommes italiens femmes noires fetichisation
J’aime les femmes noires

Cette phrase révèle deux choses : que la personne ne fait pas de différence entre les femmes noires et qu’elles sont donc sujettes à la catégorisation. Puis, la personne qui fétichise, nourrit son imaginaire, ses désirs et fantasmes sexuels à travers ses idées reçues, sa catégorisation des femmes noires, qui sont sauvages, sexuellement actives, et j’en passe et des meilleurs.

En restant à Naples, je me faisais régulièrement complimenter sur ma couleur de peau aussi bien par des hommes que de par des femmes. Je trouvais cela clairement bizarre, car j’ai toujours été dans un environnement où on ne valorisait pas en aucun les femmes noires foncées de peau. Et puis je ne comprenais clairement pas cette « fascination » qu’entraînait ma couleur de peau.

Avoir une relation amoureuse en Italie peut être assez compliquée (comme partout ailleurs), surtout lorsque l’on se retrouve avec des partenaires qui ont un grand manque de confiance en eux, et qui incarnent le cliché de l’Italien jaloux et possessif. J’ai rencontré deux stéréotypes de l’homme italien du sud, autant vous dire que cela en vaut le détour.

Les stéréotypes des hommes italiens sont parfois vrais

L’homme athé, anti-religion, curieux du monde

agnostiques hommes italiens athées

Un type que vous allez certainement rencontré, c’est ce persona de l’homme ayant grandi en Italie du sud et ayant horreur de cette culture chrétienne. Il ne voudra pas spécialement se marier, ou fonder une famille, et fait en sorte de rejeter toutes ces normes de la société italienne qui trouvent ses racines dans une culture catholique. Selon un sondage de l’Eurobaromètre de 2018, 11,7 % se déclarent athé-e-s ou agnostiques. La toxicité masculine italienne n’est néanmoins jamais bien loin, il sera aussi possessif et jaloux de manière plus subtile que l’homme du sud macho.

L’homme du sud, attaché à sa mère, macho et croyant

Le stéréotype de cet homme du sud de l’Italie, on le connaît. Cet homme attaché à sa mère, on appelle ce phénomène en Italie les“mammoni“. Un homme qui vit encore chez ses parents, qui adore sa mère et qui ne peut pas se passer d’elle. Elle fait tout pour lui de la cuisine au ménage.

hommes italiens mammone

Ne pas s’entendre avec sa mère pourrait mettre en péril la relation que vous entretenez avec lui. Pas questions avec lui d’avoir des amis hommes, l’amitié entre hommes et femmes n’existe pas, mais il ne s’interdira pas devant vos yeux de flirter avec d’autres femmes. Pour se faire pardonner de ce pêché commis, il vous invitera certainement à l’église. Même s’il est croyant, il n’est pas conservateur au niveau des tenues vestimentaires, être sexy et « féminine » , il faudra l’être tous les jours, car la femme doit toujours être ainsi. La vision du couple reste traditionelle et chacun-e tient son rôle.

Et la fétischisaton dans tout ça ?

J’aime les femmes chocolatées

Si vous êtes une femme noire séjournant ou habitant en Italie, vous risquerez de tomber également sur des personnes qui vous fétichiseront. On parle dans ce cas de fétichisation raciale. Qu’est-ce cela veut dire au juste ? C’est une personne qui va avoir une obsession sur un groupe ethnique en particulier, par exemple une femme blanche qui n’aime et qui a seulement des relations amoureuseuses et sexuelles avec les hommes noirs, qui a une image très réductrice et animale de l’honmme noir et souhaitant assouvir tous ses fantasmes sexuels avec celui-ci. La personne qui fétichise, projete ses idées préconcues, ses stéréotypes racistes, provenant de la période coloniale et ayant évolué avec le temps.

Par la fétichisation raciale, les personnes ne représentent non pas des individus uniques mais une catégorie de personnes, se ressemblant tous et toutes plus ou moins. Les phrases comme « j’aime les femmes noires » , « vous avez une super belle couleur de peau », « vous êtes toutes sexy » , peuvent en apparence être des compliments. Pourtant, elles sont la démonstration même de la fétichisation raciale, en généralisant des idées préconçues avec une forte connotation sexuelle. Certaines d’entre vous ont déjà entendu ces remarques fortement déplaisantes comme « il paraît que vous êtes infatiguables au lit », « j’aimerais bien essayer une noire », ou encore d’être surnomée « ma panthère noire », « Naomi Campbell ».

Les rappels historiques de la fétichisation

Cette problématique n’est clairement pas comprise par les personnes qui fétichisent, elles ne voient pas de mal dans leur attitude, dans leurs remarques et qu’il n y a pas de quoi à être vexé-e. Ces personnes ne veulent pas comprendre que ces stéréotypes sexuels, qui trouvent leur origine dans les sociétés occidentales, dans la période esclavagiste et coloniale, se transmettent de générations en générations. «Ainsi s’impose l’image de femmes noires «faciles, lascives, lubriques, perverses et donc foncièrement insatiables», qui «permet aussi de construire en miroir l’image de l’épouse blanche idéale, pudique et chaste», comme on peut le voir avec les images ci-dessous.

Pendant la seconde tentative de conquête de l’Ethiopie par l’Italie, de 1935 à 1936, l’Ethiopie représentait pour les soldats italiens, un endroit remplit de femmes noires à la sexualité décomplexée. De là, une image sexualisée de la femme ethiopienne et noire en général se diffuse de façon imagée mais aussi musicale, comme on le peut voir avec les cartes postales de Enrico Seta, un dessinateur et peintre italien.

Une des cartes postales de Enrico de Seta représentant une femme éthiopienne jetnt des feuille de cactus et un soldat italien – Source : Njema
Une autre carte postale de Enrico de Seta, représentant un marché vendant des esclaves femmes montrant fièrement leurs attributs.

La chanson Facetta Nera (Petite frimousse noire), devient l’hymne de cette seconde guerre. Cette guerre a pour but de libérer, d’assimiler et d’exploiter sexuellement les éthiopien-n-e-s. À travers cette chanson, on peut clairement ressentir toute cette violence et l’oppression physique, mentale, sexuelle des colonisateurs ainsi que la fétichisation sexuelle. La phrase « La legge nostra è schiavitù d’amore » qui veut dire « Notre loi est l’esclavage de l’amour » appuie bien cette violence sexuelle.

D’autres chansons de l’époque coloniale comme Africanina de Daniele Serra, révèle ces mêmes violences et fétchisation sexuelle. « Pupetta mora, africanina, Piccolo fiore di orientalina, Labbra carnose » qui se traduit par « Poupée brune, petite africaine, Petite fleur orientale aux lèvres charnues », tous ces surnoms qui objectifient les femmes noires et qui ont contribué à façonner ces imaginaires, fantasmes et désirs sexuels, encore très présents dans la société italienne.

Malgré ce passé colonial avec de nombreux traumatismes intergénérationnels, la remise en cause de la fétichisation et l’hypersexualisation des corps racisées est peu faite. Les photos et la vidéo ci-dessus, nous montrent bien comment les imaginaires coloniaux ont façonné la mentalité de nombreux et nombreuses fétichistes par ces stéréotypes encore bien ancrés dans les esprits. Ces corps racisés dont les coloniaux disposaient et pouvaient en faire ce qu’ils voulaient (viols, massacres, tortures etc…), qui sont devenus chosifiés, érotisés, le sont toujours. Ils le sont sous une différente forme, comme en « voulant essayer un-e noir-e». Le/la noir-e reste une chose dont on dispose.

Donc les hommes italiens aiment-ils les femmes noires ?

Je ne répondrai pas à cette question. Je pense qu’en posant cette question, il y a une remise en question à faire. A-t-on une mauvaise estime de nous-mêmes ? Quels traumatismes y ont participé ? Chercher toutes les raisons qui nous ont poussé à penser ainsi.

On vit dans des sociétés où les personnes noires sont constamment déshumanisées, qui vivant dans une période post-coloniale, continuent à subir les conséquences de l’esclavage et de la colonisation. L’estime de soi est un réel problème dans beaucoup de communautés afrodescendantes, la validation de l’autre (des personnes non noires) reste nécessaire pour beaucoup. Il n’y a pas de formule magique pour échapper aux fétichistes, mais travailler sur son estime et son image de soi, vous aidera certainement. On mérite tous et toutes quelqu’un qui nous aime pour ce que l’on est vraiment.

Auteur-e

Aissa Sica, créatrice du blog Womxn of Color, partageant divers portraits de personnes racisées et des sujets d’actualité. Vous pouvez me suivre sur Instagram.

Bibliographie

Les femmes noires comme incarnation forcée du corps de l’Autre, Maria Malagardis, 21 septembre 2018

La conquête de l’Ethipie et le rêve d’une sexualité sur ordonnance, Marie-Anne Matard-Bonucci

La vera storia di Facetta nera, Igiaba Scego, 6 août 2015

Les hommes italiens aiment-ils les femmes noires ?

Leave a Reply

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.