L’artiste et son art peut-il encore nous faire réfléchir ?

L’art est un moyen d’expression à travers un objet, une sculpture, un tableau, un dessin, une illustration. L’artiste exprime sa vérité. L’art existe sous de multiples formes et endossent trois rôles principaux : l’objet de consommation, de valeur et le rôle politique. L’objet de consommation se réalise par l’achat. L’art en étant un objet de valeur, signe votre appartenance à votre classe sociale, un objet adopté comme une distinction sociale. Il y a bien un rôle où on se demande s’il est autant signifiant : le rôle politique. C’est qu’on attend de l’art contemporain, faire réfléchir, bousculer les mœurs. Cependant en a-t-il toujours la capacité dans une société qui prône le divertissement ?

Silvestre et son parcours artistique

Silvestre est une peintre sculptrice Américaine. Née en Equateur, elle quitte au plus jeune âge sa ville natale, Quito, pour rejoindre Miami.  À ses 18 ans, elle obtient une bourse pour ses études universitaires et s’envole pour New-York. Puis, elle commence sa carrière d’artiste avec succès. Néanmoins, elle souhaitait sortir de sa zone de confort et tenter sa chance ailleurs. Après avoir étudié son Master à Paris, elle décide en 2018 de s’installer dans la capitale berlinoise. Berlin était la ville qui lui convenait le plus : une ville créative, qui lui offre opportunité réaliste de se concentrer sur son travail et d’avoir une bonne qualité de vie.

La photographie, la sculpture, la peinture et la vidéo font partie de ses activités artistiques principales. Ses œuvres artistiques exposent des faits marquants de la scène politique américaine. Elle travaille actuellement sur un projet relatant de la crise frontalière entre le Mexique et les Etats-Unis.

Montrer une nouvelle perspective à travers son art

Chaque artiste a sa propre routine et sa source d’inspiration pour ses oeuvres d’art. Pour chaque projet, Silvestre fait de la recherche pendant quelques mois. Elle lit et collecte des articles de journaux, des extraits de romans, des cours universitaires. Elle y cherche les similitudes, et de là découle le sujet qu’elle souhaite aborder.

Les articles qu’elle a lus pour ce projet, parlant de la crise frontalière mexicaine-américaine, démontrent comment les Etats-Unis à travers son interventionnisme, provoquent des crises migratoires en Amérique du Sud et pour quels intérêts.

Des migrants venus d’Amérique centrale marchent le long d’une route mexicaine, à Tapachula, le 21 octobre.
« Des migrants venus d’Amérique centrale marchent le long d’une route mexicaine, à Tapachula, le 21 octobre. UESLEI MARCELINO / REUTERS »

Source : Le Monde

Ces interventions militaires, économiques, politiques conduisent certains pays d’Amérique du Sud en détresse et affectent les aspects économiques et sociaux. C’est un avantage pour le gouvernement américain qui a plus de pouvoir et de mainmise. Cela s’illustre par exemple par des entreprises ou grands groupes américains ayant une emprise dans l’industrie agro-alimentaire, des télécommunications.

Silvestre évoque cette contradiction entre l’exploitation de cette force de travail, de ces terres et d’un autre côté cette détermination à défendre les frontières et cette forte hostilité à l’immigration. C’est surprenant quand on “sait que la majeure partie de notre économie a été basée sur l’exploitation de la main d’oeuvre latine américaine”, dit-elle.

Sur ce projet, Silvestre met en avant les espaces, ce sont les premiers témoins de cette tragédie humaine. “Ces terres représentent l’horreur et l’abandon. Il n’y a plus de morale, plus d’humanité. On a créé cette horreur à cause d’un capitalisme non régulé. Cette horreur devient irréelle parce qu’elle dépasse ce qui est supportable à regarder”, explique-t-elle. Silvestre vise par son travail à informer sur les effets d’un capitalisme non régulé et à donner une nouvelle perspective. Pour autant, est-ce que ce projet artistique peut amener à se questionner, à remettre en cause ses croyances ? Est-ce que l’artiste en a la capacité ? Est-ce que l’art peut faire réfléchir?

Le rôle ambivalent de l’art

L’art et la politique ont de tout temps interagi. L’artiste s’engage à défendre des positions politiques ou la politique engage l’artiste, pour un être outil de propaganda. Il y a aussi une dérive, celle de l’embellissement de la misère et de s’en servir comme fonds de commerce. Silvestre ne prétend pas vouloir sauver le monde avec ses créations artistiques. Mais elle pense que c’est important de dépeindre la réalité de son époque. Les futures générations peuvent voir comment les artistes d’hier ont interprété la réalité sociale, politique, culturelle de leurs temps. Silvestre appuie sur cette incapacité à changer le monde en citant Patti Smith.

Patti Smith disait des artistes qu’ils sont devenus si désillusionnés par le monde qui les entoure qu’ils feraient de l’art ce sujet. Ils sont des observateurs, des commentateurs du monde qui les entoure. Il y a aussi une dérive, celle de l’embellissement de la misère et de s’en servir comme fonds de commerce. Certains artistes se proclament comme artistes engagé-e-s, une étiquette qui sert d’appât mais qui n’a aucune portée politique. L’engagement politique peut faire vendre et peut tomber dans un engagement politique conformiste.  L’engagement politique conformiste permet d’aborder des sujets d’actualités populaires ou des sujets qui ne sont désormais plus tabous. Chaque artiste choisit d’orienter son art comme instrument d’influence à l’échelle politique, sociale ou culturelle. L’art peut faire réfléchir, remettre en question mais changer le monde reste utopique.

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©Banksy
L’artiste et son art peut-il encore nous faire réfléchir ?