Qu’est-ce que la racialisation ?

La racialisation structure notre société mais reste encore un sujet bien académique. Si vous vous demandez bien ce que cela peut signifier, c’est normal mais il vous ait bien plus familier que ce que vous ne croyez.

La racialisation est une imputation catégorielle faite aux personnes racisées qui sont altérisées par le groupe dominant. Ils et elles sont vu-es comme ‘autres’ et leur altérité les distinguent de la population majoritaire. Cette imputation exprime toutes les manifestations du racisme au quotidien, à travers la discrimination raciale au travail, le profilage racial , pour donner quelques exemples. La racialisation va être alimentée par les préjugés et les idées préconçues racistes, qui sont notamment véhiculé-e-s par les médias. 

« La race existe en tant que telle dans sa construction sociale, dans ses rapports sociaux qui hiérarchisent et rationnalisent ‘les races’ et le racisme, exacerbant le rapport entre le-les dominant(s),  qui sont le-les groupe(s) majoritaire(s) et le-les dominé(s) qui sont le-les groupe(s) racisé-e-s ainsi que ces ‘contradictions de l’espace social’ qui en résultent : aux « Blancs », la « positivité » et la « beauté féminine diaphane et pure » (Laurent et Leclère, 2013b, p. 11), aux « Noirs », l’animalité et les expressions de joie naïves (Bancel et Blanchard, 1998). »

C’est pendant la période esclavagiste et coloniale que la conception de race et racialisation se sont théorisées.

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Théorisation de la conception de race pendant la colonisation

Le projet civilisationnel de l’homme blanc s’affirme dans de nombreux territoires à travers diverses formes de violences comme le viol, le génocide et le travail forcé. La racialisation justifie l’exploitation des personnes catégorisées comme racisées, se voyant attribuer des tâches avilissantes, des emplois précaires en fonction de ce qui est socialement acceptable au fur et à mesure des siècles. Les stéréotypes de la gouvernante d’origine d’Amérique Latine aux Etats-Unis ou de la femme de ménage d’origine africaine en France deviennent la normalité. 

J’en ai fait personnellement l’expérience lors de mes années étudiantes. Ne trouvant pas de jobs d’été, je postule en tant que technicienne de surface (quel beau mot politiquement correct). Je me disais que j’avais toutes mes chances vu que la majorité des employées sont des femmes racisées. Et bingo, je trouve un job d’été. Le manager pensait que j’avais des années d’expérience et supposait qu’il n’avait pas besoin de me montrer comment ça fonctionne vu que ‘j’ai l’habitude’. Seulement non, c’était la première fois que j’occupais ce poste. 

À travers la racialisation, l’autre c’est moi

À travers de multiples expériences, on intériorise au cours de notre vie ce processus de racialisation, dans lequel on est considéré comme ‘l’Autre’, par différentes étapes. 

On ne naît pas noir-e, on le devient. Les premiers pas dans la socialisation se font à l’école maternelle, « on le devient d’abord dans le regard des autres et tout spécialement dans le regard des majoritaires. » Ces premiers pas peuvent être marqués par les premières expériences racistes, où l’on fait face aux premières formes de rejet du groupe majoritaire. 

Ce rejet, je l’ai connu dès mes trois ans, habitant en Corse, j’étais la seule personne noire et aucun-e de mes camarades voulait me tenir la main dû à ma couleur de peau.

On apprend que l’on constitue l’altérité, que l’on représente une catégorie et que nous sommes censé-es nous conformer aux clichés. Assumer que l’on est habitué-e à la chaleur, que l’on a forcément grandi en Afrique, que l’on aime forcément le hip hop et que l’on a le rythme dans le sang. 

Par cette prise de conscience que l’on représente un groupe, on commence par prendre du recul sur nos expériences et les comparer aux autres et à des faits plus généraux. C’est ce qu’on appelle la conscientisation. Elle se fait aussi bien dans la sphère publique lorsque l’on subit une discrimination raciale et que l’on s’interroge sur celle-ci, que dans la sphère privée, via les relations personnelles,

Après cette prise recul et comparaison, on en vient à tirer profit de toutes les expériences vécues, et en faire des outils qui aideront à s’adapter à la position de subordonné-e. Face à une situation discriminante, la personne racisée peut se confronter au refus du groupe majoritaire de l’écouter, de mettre son expérience en doute et chercher une raison qui incomberait la personne racisée. Cette personne manque d’humour, elle exagère ou analyse en détails chaque situation et voit des discriminations partout. Ainsi, le déni des expériences des personnes racisées semble souligner « un refus de toute contestation des rapports de domination établis entre racisants et racisés. » « La négation de la parole des victimes constitue un processus d’apprentissage. À défaut de s’habituer à la violence raciste, le minoritaire doit apprendre à « faire avec ». C’est ainsi que la surdité du discriminateur finit par rendre le discriminé aphone. » (Poiret et Vourc’h, 1998).

La négation de la parole des personnes racisées en France a lieu également dans l’espace politique, un espace qui est censé garantir tout à chacun-e des droits et des libertés. On ne mentionne en aucun cas la discrimination raciale, la racialisation, qui sont substituées dans la scène politique française pour des mots plus politiquement correct : l’égalité des chances, la charte de la diversité, l’égalité d’accès à l’emploi.

En aucun cas, les protagonistes de la politique française prennent leur responsabilité ni des décisions prises au préalable, dans un contexte socio-économique post-colonial.

La lutte des races

La négation de la parole des racisées entraînent une ‘lutte des races’, une théorie développée par Sadri Khiari, membre fondateur du Parti des Indigènes de la République. L’expression lutte des races n’est pas à comprendre au sens proprement littéral. Il s’agit de rapports sociaux dans lesquels les dominant-e-s souhaitent absolument conserver leur ascendance et les dominé-e-s souhaitant se libérer de celle-ci. À titre d’exemple, une personne racisée discriminée, attaquant en justice l’entreprise racisante et discriminante.  La négation entraînent également la création de nombreux collectifs dédiés aux personnes racisé-e-s, des espaces plus sûrs pour exprimer sa colère, sa frustration, ses espoirs et se retrouver avec d’autres personnes racisées ayant eu des expériences similaires. Les collectifs afro-féministes, musulmans et tous les collectifs composés de seulement de personnes racisées sont accusés de faire de l’entre-soi, du communautarisme, d’être racistes anti-blancs. 

Cette volonté de se rassembler et d’échanger, excluant le groupe majoritaire blanc, est un moyen également pour les personnes racisées de survivre dans cette structure de rapports sociaux qui les contraint dans l’ensemble à se subordonner. 

L’évolution du concept de racialisation

La racialisation ne vise pas toujours les personnes que l’on croit. Elle a concerné les Italiens (provenant majoritairement de Sicile) aux Etats-Unis, qui pendant des décennies étaient catégorisées comme des personnes racisées. « Ils et elles étaient parfois exclu-e-s des écoles, des salles de cinéma et des syndicats, ou consigné-e-s sur des bancs d’église réservé-e-s aux Noirs. Ils et elles étaient décrit-e-s dans la presse comme des « basané-e-s », « aux cheveux crépus », appartenant à une « race criminelle .»

Deux immigrants italiens pendus pour une fusillade présumée sans enquête ni procès

Le fait qu’ils occupaient des postes pénibles et dangereux, occupés également par les personnes noires Américaines et qu’ils soient proches de cette communauté , les éloignent encore plus de cette blanchitude. Les Irlandais étaient de même catégorisé-e-s comme des personnes non-blanches. 

La racialisation évolue selon l’évolution des rapports sociaux. Un groupe catégorisé comme personnes racisées peut le lendemain faire partie du groupe majoritaire. Elle est un processus avec lequel on se familiarise au fur et à mesure de notre vie et prend d’autres formes en fonction du contexte économique et social de chaque pays. Le processus de racialisation ne sera pas le même pour une personne d’origine sénégalaise née en France qu’une personne d’origine sénégalaise née en Australie. La racialisation dans cet article a été pris dans un contexte occidental à travers une personne noir-e, mais il pourrait très bien s’appliquer dans un contexte non-occidental, comme par exemple les personnes asiatiques vivant en Amérique Latine. Il est important de comprendre le concept de racialisation pour pouvoir mieux comprendre dans le structure raciste dans laquelle nous vivons, comment cette racialisation nourrit le racisme et les rapports sociaux entre les diverses catégories raciales souhaitant chacune se libérer de l’autre.

Par la racialisation, le maintien de privilèges se fait, notamment le privilège blanc, en ignorant, déni, minimisant les expériences des personnes racisées, mais aussi par d’autres privilèges, comme celui du colorisme, où une peau plus claire ou le white-passing peut accorder des privilèges, ou encore le privilège socio-économique. Une rétrospective et analyse de notre position dans structure raciale hiérarchisée, pour la lutte contre un racisme systémique et pandémique. 

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Auteur-e

A., créateur-rice du blog POC Stories, partageant divers portraits de personnes racisées et des sujets d’actualité. Vous pouvez me suivre sur Instagram ou YouTube.

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