Quand la vie est rythmée par l’alimention émotionnelle

Un éternel recommencement

Ma vie est en ce moment rythmée par l’alimentation émotionnelle. 

Je traverse une période stressante comme pour beaucoup en ces temps de pandémie. Je dois rembourser un prêt étudiant, je suis au chômage et je dois au plus vite trouver un job alimentaire. D’un autre côté, j’aimerais me sentir (enfin) épanoui.e professionnellement, et le changement de carrière me trotte dans la tête. Puis, ma voix rationnelle me répète en boucle que je dois être responsable et ce qui compte c’est une bonne santé financière, en dépit d’une bonne santé morale. Cerise sur le gâteau, j’ai des voisin.e.s stressant.e.s, qui passent leur temps à être bruyant.e.s, soit en se criant soit en mettant de la musique aussi fort, qu’on pourrait presque se croire au Berghain. (Je vous laisse découvrir ce que sait). 

Je me pose milles questions, je stresse, je mange pour me soulager, me regarde dans la glace et déteste voir ces kilos en trop qui se cumulent, des poignées d’amours qui me font coucou tous les jours et qui vont rester pendant un bon moment (ça à l’air, j’espère pas). Un épisode qui se répète encore et encore, dans lequel je refuse catégoriquement d’accepter mon corps.

Manger mes émotions est une pratique quotidienne dont je suis complètement adepte. Je régule mon alimentation en fonction de mes émotions, une habitude que j’ai prise en grandissant dans un environnement marqué par les violences conjugales et que j’ai bien dû mal à m’en défaire. 

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Qu’est-ce que l’alimentation émotionnelle?

L’alimentation émotionnelle est un trouble alimentaire par lequel on adapte sa consommation alimentaire selon ses émotions plutôt qu’en fonction de la faim ou satiété. Les émotions sont-elles positives, négatives? Si en général on parle d’émotions négatives, certaines études se penchent sur les émotions positives influant l’alimentation émotionnelle. Les divergences se créent quant à la manière dont elles influent, en faisant soit plus consommer ou moins consommer. 

Non, les personnes en surpoids ou souffrant d’obésité ne sont pas les seul.e.s concerné.e.s par l’alimentation émotionnelle

De nombreuses divergences dans le monde de la recherche

Si les premières études occidentales publiées dans les années 50, font le lien entre l’excès alimentaire, l’obésité et l’émotivité, on a bien pris conscience par la suite que l’alimentation émotionnelle peut affecter tous types de personnes. Néanmoins des progrès restent à faire, puisque peu d’études se focalisent sur le type de personnes n’étant pas en surpoids, ni obèse.s et affecté.e.s par l’alimentation émotionnelle. Dans une étude réalisée par Mallory Frayn, Simone Livshits et Bärbel Knäper, il a été démontré que les personnes affectées par l’alimentation émotionnelle, en non surpoids et non obèses, ont recours à des pratiques sportives ou à des jeûnes intermittents. La motivation de maintenir une bonne image de leurs corps prend le dessus pour réguler leur poids, en adoptant un mode de vie sain et surveillant de manière accrue les habitudes alimentaires. Il faut bien tout de même garder en tête les limites de cette étude, sachant que les participantes étaient des femmes caucasiennes, diplômées de l’enseignement supérieur. À ce jour, je n’ai pas trouvé d’étude ciblant les personnes noires ou racisées, en non-surpoids et ne souffrant pas d’obésité. 

Depuis des années, je mange mes émotions continuellement

Je vais donc prendre mon cas en exemple. J’ai grandi en pratiquant régulièrement du sport jusqu’à mes 16 ans, puis je suis devenue moins active. Mais mon métabolisme continuait de fonctionner comme une personne sportive jusqu’à mes 24 ans. Je n’ai pas spécialement pris de poids en arrêtant le sport, car vivant dans un environnement marqué par la violence physique et morale, je me privais facilement de manger. Je mangeais moins mais plus de choses sucrées, comme des brioches, des gâteaux et tous les jours.

En partant en Erasmus en Italie, cela m’a enlevé un poids mais j’étais toujours en dépression. Pendant mon séjour d’études, je suis passé.e de la privation à l’excès. Je passais mon temps à manger des pâtisseries. Bien que délicieuses, la voracité prenait le dessus et me plongeait dans une relation malsaine avec l’alimentation. En Italie, je ne me suis pas du tout rendu.e compte que j’étais sous l’emprise de l’alimentation émotionnelle.

Je déménage en Allemagne l’année suivante et je suis tiraillée entre un mode de vie sain et la malbouffe. Je continue à prendre du poids et à me réfugier dans la nourriture.

Etant dans une relation toxique et abusive, mon excès envers la nourriture était toujours plus grand. C’est un cercle vicieux dans lequel je ne pouvais me sortir: les émotions négatives sont régulières, une consommation excessive alimentaire particulièrement grasse et sucrée, la dopamine qui survient laissant plus tard à la fatigue et l’irascibilité. À ce stade, la sensation de faim ne pouvait plus être décelée. Mon moral se porte mieux aujourd’hui mais l’insatisfaction corporelle reprend le dessus et je me mets de nouveau à faire du sport intensément, à faire attention à ce que je mange, à me priver de nourriture. Et la pandémie n’arrange pas les choses.

L’alimentation émotionnelle en tant de pandémie

Le Covid-19 a chamboulé nos vies, nos projets. On s’adapte à un nouveau quotidien qui semble s’éterniser. La pandémie a bouleversé les habitudes dont les habitudes alimentaires. Une série d’études ont été publiées sur le MDPI, qui est un éditeur de revues scientifiques, abordant plusieurs thématiques impliquant les multiples effets du COVID-19 sur les habitudes alimentaires. En Italie, lors du premier confinement en 2020, 57,8% des participant.e.s affirment se sentir anxieux-euses face à leur habitudes alimentaires, 55,1% disent manger plus pour se sentir mieux. Aux Etats-Unis, l’étude portant sur le covid-19 et les habitudes alimentaires aux Etats-Unis a démontré qu’il y a un fort lien de causalité entre le stress et l’alimentation émotionnelle pour 73,6% des participant.e.s. Dans ces résultats je me retrouve, puisque j’ai un rapport beaucoup plus anxieux avec mon alimentation, passant de la restriction à l’excès, encore une fois.

Comment différencier la faim émotionnelle et la faim physique?

On ne sait plus si on a faim parce que l’on a vraiment faim ou si parce que c’est beaucoup plus compulsif. Dans un article du Healthline on peut retrouver quelques éléments pour différencier la faim émotionnelle de la faim physique.

Faim physiqueFaim émotionnelle
Il se développe lentement au fil du temps.Elle se produit de manière soudaine ou abrupte.
Vous avez envie de différents types d’aliments.Seulement certains types d’aliments sont désirés.
Vous ressentez la sensation de satiété et vous la prenez comme un signal pour arrêter de manger.Vous pouvez vous gaver de nourriture et ne pas ressentir de sensation de satiété.
Vous n’avez pas de sentiments négatifs à l’égard de l’alimentation.Vous vous sentez coupable ou honteux-euse de manger.

Réguler ses émotions pour réguler sa faim?

En ne sachant pas trouver un équilibre entre ses émotions et l’alimentation, on peut vite souffrir d’une dysrégulation alimentaire, tomber dans l’alimentation émotionnelle et alimenter les troubles alimentaires. On compte plusieurs méthodes de régulation émotionnelle dont deux méthodes qui se retrouvent souvent citées dans les études,  la méthode de réévaluation cognitive et la méthode dite de suppression expressive.

L’une permet d’apprendre à apprivoiser nos émotions négatives et de nous faire voir les choses d’une autre manière, de manière réaliste et non forcée dans le positif. Par exemple, si tu perds tes clés, tu peux paniquer, t’énerver contre toi-même, te traiter de stupide tout le long et garder toutes ses émotions et pensées négatives en toi. Mais si par exemple tu te dis, que ça peut arriver, que tu vas trouver une solution, que tu peux aller chez un.e ami.e le temps que les choses s’arrangent, ou que tu dis que c’est l’occasion de faire quelque chose que tu n’as pas fait depuis longtemps, à ce moment-là tu utilises la méthode de réévaluation cognitive, qui influence les émotions et les pensées. L’autre méthode va servir à supprimer les expressions émotionnelles. Par exemple, un événement stressant se passe et tu dégages une expression calme. Cette méthode est utilisée une fois que les émotions sont là et qu’il faut pouvoir les gérer. 

Les avis divergent sur leur efficacité, mais selon moi, l’efficacité est une notion bien abstraite dont je ne trouve pas si importante. Ce que je trouve important c’est que l’on choisit la méthode qui nous correspond pour nous aider face à l’alimentationn émotionnelle.

Mes quelques mots de fin sur l’alimentation émotionnelle

Ecrire cet article me permet de prendre du recul et d’avoir un regard plus extérieur à mon expérience. L’alimentation émotionnelle est ma façon de manger, je l’ai normalisé car je n’ai connu que cela, et je dois apprendre désormais une chose qui paraît simple: manger.

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