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Ai-je été violée?

AVERTISSEMENT : Cet article parle de viol et de troubles mentaux.

C’est une question que l’on peut se poser, après avoir été agressé-e sexuellement. Qu’est-ce qu’un viol ? Un rapport sexuel forcé est-il forcément un viol ? Chacun-e peut-il avoir sa définition du viol ? Autant de questions qui reflètent nos idées préconçues sur le viol, le manque de prise de recul et de réflexion sur un sujet bien complexe.

Marquée à vie par ce viol ?

J’ai été élevée dans une culture musulmane sénégalaise traditionnelle. Le sexe était tabou, la virginité sacrée et toute relation amoureuse prohibée. Je pouvais parfois sortir voir des amies et je devais rentrer à une certaine heure (Plus je rentrais tôt mieux c’était). Avoir des amis garçons était impensable, on m’a clairement fait comprendre que l’amitié entre fille et garçon n’existait pas. J’étais cloisonnée dans un monde où me catégorisait comme femme, une femme source de tentation. Cette tentation, il fallait l’a contenir en l’enfermant.

Ce que je pensais être l’amour, frappe un jour à ma porte. C’était la première fois que j’avais une relation amoureuse et je me suis impliquée dans cette relation avec beaucoup de naïveté et peu de recul. Et puis, vient ce moment où on partage cet acte intime. La peur et la souffrance remplacent le plaisir. Je lui dit d’arrêter, que ça me fait mal. Il s’appuie sur moi, tient mes bras pour que je ne puisse plus bouger. Je n’ai plus de force, je reste immobile et des larmes commencent à couler. Aucune force pour me débattre, pour crier, le pousser. Rien. Le lendemain, le déni m’aveugle, j’ai pourtant mal quand je marche mais je nage en plein bohneur car je suis avec lui.

Mon corps fait comme il peut, face aux blessures de cette expérience traumatisante. À chaque rapport intime, j’ai mal, comme si mon corps me rappelait que toutes les blessures ne sont pas encore pansées. Je n’ai jamais pu être heureuse en couple pour de multiples raisons et ce traumatisme en fait partie. Il est très difficile pour moi de faire confiance en la personne lorsque je suis en couple. Je deviens l’agresseure car je me sens pas en sécurité. Etre sur la défensive et être agressive me fait croire que je me protège hors cela peut vite déclencher une relation toxique.

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J’ai construit comme une bulle autour de moi pour ne pas revivre ce moment et m’entourer d’éléments qui ne me dépassent et me rendent encore plus mal. Ce sentiment de trahison, de se sentir utilisé-e est plus fort que tout. Lorsque l’on partage un acte intime. on donne sa vulnérabilité, et on ne pense en aucun cas que l’on va nous faire du mal.

Démystifier le viol

Le viol est défini par le Code pénal (article 222-23) comme « tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise. »

Il y a beaucoup de sensationnalisme envers le viol. La médiatisation s’accentuent sur les viols de groupe ou les viols se produisant dans des lieux sombres, isolés, des victimes étant violées par des personnes qu’elles ne connaissaient pas. On a l’habitude d’entendre cette narration, d’associer l’agresseur-e (généralement un homme cisgenre) comme une personne déséqulibrée, frustrée sexuellement, agressant sexuellement une personne dans une situation extrêmement vulnérable.

Hors les viols se produisant dans les relations de couple sont beaucoup moins évoqués et restent très mal compris. On peut penser que le viol ne peut se produire dans une relation de couple ou que la question du consentement ne se pose pas tellement. Le viol dans une relation de couple, peut pour beaucoup, ne pas être considéré comme un viol, mais comme quelque chose qui « a mal tourné » dû à un problème de communication entre les deux partenaires. Cette croyance contribue à la décribilisation et à la banalisation du viol dans le couple. Un viol fait par un inconnu ne sera jamais aussi grave qu’un violse produisant dans une relation amoureuse, car ce n’est pas « vraiment » un viol. Hors quelque soit le contexte dans lequel lequel on a été violé-e, les conséquences sont les mêmes comme les troubles alimentaires, du sommeil, des crises d’angoisse ou la dépression. Une hiérarchisation des souffrances n’a pas lieu d’être.

Beaucoup ont traversé la même expérience, se retrouver dans un rapport sexuel où le consentement n’a pas été respecté et la force utilisée. Pourtant on ne peut s’empêcher de douter, de se dire que ce n’est « pas vraiment » un viol.

Du déni à l’acceptation

Après une expérience aussi traumtisante, s’ensuivent des problèmes de santé physique, mentaux et une ré-adaptation longue dans les relations amoureuses et sexuelles. 5 phases sont reconnues dans l’extériorisation de ce traumatisme : la phase aiguë, la phase d’ajustement vers l’extérieur, la phase intermédiaire , la phase de réorganisation et la phase de normalisation.

La phase aiguë se produit généralement à la suite du viol. La personne violée peut se sentir angoissée, faire des crises d’angoisses comme rejeter ses émotions et faire comme si de rien n’était. Différents symptômes apparaissent comme les naussées, vomissements, pensées suicidaires pu encore un système sensoriel affaibli.

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Pendant la phase de réajustement extérieur, divers mécanismes d’adaptation se retrouvent :

  • Minimisation (prétendre que « tout va pour le mieux“ou enlever la gravité de l’acte)
  • Dramatisation (on ne peut s’empêcher de parler de l’agression)
  • Déni (refuse d’évoquer le viol)
  • Explication (analyse de ce qui s’est passé)
  • Fuite (déménagement vers une nouvelle maison ou ville, modification de l’apparence)

La peur constante, l’hypervigilance, les changements d’humeur et d’autres maux troublent le quotidien de la personne violée.

On peut avoir l’impression d’aller mieux, d’aller de l’avant, en faisant abstraction de cette expérience et l’oubliant. Ce semblant de vie normale désigne la phase intermédiaire, dans laquelle on tend à se dissocier du viol. Une amnésie traumatique peut alors se développer, en refoulant les souvenirs de cette expérience traumatisante.

Cette amnésie traumatique prend fin lorsqu’un cauchemar, une odeur, une scène de film ou tout autre élément déclencheant la phase de ré-organisation. La personne pensait avoir surmonté ses traumatismes et se retrouve dans une phase émotionnelle intense. Des peurs, des phobies se développent comme la peur de sortir, d’être touché-e ou de souffrir de troubles alimentaires ou du sommeil.

La phase de normalisation sonne comme une libération pour le/la survivant-e. On est dans l’acceptation du viol et l’exteriorisation de ce traumatisme n’est plus aussi forte que dans les précédentes phases.

Ce que les violences sexuelles disent de nos sociétés

Le sexe est a toujours été omniprésent dans toutes sociétés. Il fait également l’objet de nombreuses objections et de tabouisation dans nos structures sociales. L’éducation sexuelle semble difficile à aborder dès le plus jeune âge de même pour sensibiliser au plaisir, au consentement, aux violences sexuelles et d’encourager à en apprendre à connaître son corps. Le sexe, les rapports sexuels restent par ailleurs influencés par l’organisation sociale patriarcale, répandue dans le monde.

Il est primordial de se déconstruire et de se défaire de ces automatismes que l’on a appris dans notre environnement social, qui nous portent à dédramatiser, mystifier le viol et à internaliser toute cette violence dans les rapports sexuels.

Si vous avez été violé-e, je vous invite fortement à demander de l’aide à des associations, à des plannings familiaux. Prenez également rendez-vous avec des médecins, des psychologues et/ou des psychiatres. Prenez soin de vous, c’est important.

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